Quelques pistes sur la différenciation

La désormais fameuse réforme des collèges entre en application à la rentrée prochaine. Si certains y voient des éléments de continuité, ou qu’ils perçoivent personnellement et subjectivement comme de la continuité, les évolutions sont selon moi certaines.

Parmi les mots qui reviennent souvent à se trouve celui de différenciation : faire en sorte que les pratiques pédagogiques soient adaptées à la diversité des profils, voire que l’élève puisse lui-même se positionner et déterminer les outils qui lui sont nécessaires. La logique n’est plus celle d’un cours unique destiné à un profil d’élève moyen, auquel le plus grand nombre puisse se raccrocher. Elle est plutôt celle d’une adaptation des contenus, des démarches et des parcours en fonction des différents profils.

Deux remarques reviennent souvent à ce propos chez les enseignants que j’ai pu croiser au hasard des formations :

  • La première est en fait une interrogation : comment mettre en place cette différenciation ? Il y a parfois une difficulté à se représenter la chose, due au fait qu’elle est peu pratiquée, ou que si elle est pratiquée c’est de façon inconsciente.
  • La seconde est en fait une inquiétude relative au temps nécessaire pour la mise en place d’une véritable différenciation. Les dispositifs sont vus comme chronophages, à la fois pour l’enseignant et pour la classe.

C’est pourquoi, au travers de ce post, j’ai souhaité être rassurant et vous donner modestement l’exemple de trois types de différenciation que je pratique en cours. Avant de rentrer dans le vif du sujet, je précise que celle-ci est mise en place dans le cadre de travaux en « autonomie », plutôt longs, durant lesquels ma salle est réorganisée en îlots. Suivre chacun son parcours, ce peut être aussi se confronter au parcours de l’autre.

La fiche d’exercice différenciée : 3ème, géopolitique du monde actuel

Exemple exercice différencié

Ce premier exemple concerne l’actuel programme de 3ème. Il est plutôt classique dans son approche. Pour évoquer la place des Etats-Unis dans le monde, les élèves doivent construire un diaporama. Le questionnaire qui leur permet de relever les informations clefs des documents est émaillé de petits drapeaux. Ceux-ci signalent les activités ou les questions qui permettent d’approfondir ses connaissances et donc d’aller plus loin. Leur traitement n’est pas indispensable à la construction de la réalisation finale mais il permet de pousser plus loin certains aspects.

La dernière activité est quant à elle totalement facultative. Elle invite les élèves les plus avancés à enregistrer un commentaire oral pour leur diaporama à l’aide de l’application en ligne MoveNote. Je vous le concède, il faut ici un certain niveau d’équipement et je dois dire que ma salle de cours a la chance d’être dotée d’une flotte de 16 tablettes. Mais un enregistrement oral sur un simple baladeur mp3 fait tout aussi bien l’affaire. Il suffit d’emprunter l’équipement aux collègues de langue.

Cette dernière activité offre l’avantage de fournir un tampon pour la fin de séance. Elle permet aux élèves les plus avancés, qui sont souvent les plus compétents, d’aller vers une production plus aboutie tandis les élèves en retard ou en difficulté peuvent finaliser leur diaporama.

Les « ceintures de maîtrise » : 3ème, la France et l’Union européenne dans le monde

Exemple ceintures de maîtrise

Ce deuxième exemple porte une fois encore sur le programme de 3ème.

En cette fin d’année scolaire, je me suis mis, avec beaucoup de plaisir, à utiliser le système des « ceintures de maîtrise ». Celles-ci représentent en fait des niveaux de maîtrise sur lesquels l’élève se positionne en début d’activité.

Une fois encore, les élèves doivent produire un diaporama. La classe est divisée en deux pour gagner du temps. Une partie travaille sur la France, une partie sur l’Union européenne.

Dès le départ, il est demandé aux élèves de se positionner en fonction de leur niveau de compétence supposé :

  • Les plus faibles (ceinture blanche) disposent de toutes les aides, d’un questionnaire qui leur permet de passer au crible les documents ;
  • Les plus avancés (ceinture noire) disposent du minimum : le sujet, quelques conseils, les documents ;
  • Entre les deux se trouve un niveau intermédiaire (ceinture verte) qui disposent de recommandations, des axes de réflexion et du plan du diaporama.

En cours d’activité, un élève ceinture noire qui se sentirait en difficulté peut tout à fait solliciter les aides du niveau en-dessous.

Les avantages de ce système sont notamment qu’il permet à l’élève de se positionner, de relever des défis en étant plus ambitieux. Pour l’enseignant, vous vous doutez bien que la mesure du niveau de maîtrise des compétences évaluées s’en trouve en partie facilitée.

Au terme de la séance, certains s’enregistrent, d’autres présentent leur travail à la classe. Les élèves ont à ce moment une fiche de prise de note, sous forme de tableau qui leur permet de relever l’essentiel et de construire ainsi la trace écrite.

Sitographie rapide :

Le mini « plan de travail » : 3ème, l’organisation du territoire français

Exemple mini plan de travail

Ce dernier système est une adaptation simplifiée du plan de travail dont certains enseignants parlent beaucoup. Inspiré de la pédagogie Freinet, il prend place dans un temps un peu plus long puisqu’il permet à l’élève d’appréhender la leçon de bout en bout, dans sa totalité.

Toutes les activités sont listées, mais avec quelques précisions : certaines se font seules, d’autres en binôme, en groupe, certaines sont obligatoires et d’autres non. A l’élève de construire son propre parcours à partir de cet outil et de se positionner en terme de réussite au fur et à mesure de l’avancée.

L’enseignant contrôle les travaux, vérifie l’avancement, aide, éclaire, encourage… Régulièrement, il interrompt aussi les activités pour un point, un rappel, une précision ou une mise en commun.

Nous sommes ici dans un appareillage plus complexe qui demande avant même sa mise en place, une véritable explication afin que les élèves en saisissent les tenants et les aboutissants. Il convient alors d’éclairer non seulement son fonctionnement, mais aussi son intérêt et ses objectifs

Sitographie rapide :

En guise de bilan

Vous me direz peut-être que, au final tout cela revient un petit peu au même. C’est en partie vrai seulement. Il s’agit effectivement à chaque fois de différenciation, mais la logique de chaque système est différent :

  • Le premier système porte sur une activité spécifique. Chacun a la même fiche de consigne, mais tout le monde ne la traite pas en entier.
  • Le second demande à chacun de se positionner dès le départ en fonction du niveau de compétence estimé. Les consignes ne sont pas alors les mêmes alors que le but est identique.
  • Le troisième est un peu plus prenant, puisqu’il fonctionne à l’échelle d’une leçon entière. Les élèves suivent le parcours en fonction de leur rythme et de leur niveau, des moments de mise en commun étant prévus régulièrement à l’échelle de la classe. Le professeur peut interrompre le plan de travail pour un point dialogué ou magistral plus classique, mais cela doit demeurer ponctuel.

Cela représente-t-il un travail monstrueux ? La réponse sera positive pour le mini plan de travail, mais nous ne sommes pas à la même échelle que les autres dispositifs : il porte sur une leçon entière. Pour ce qui est de la fiche d’exercice différenciée, le temps de préparation est quasiment identique au cours classique. En ce qui concerne les « ceintures de compétence », les premières préparations demandent un peu plus de temps au départ, notamment afin de bien en comprendre la logique. Mais une fois que l’habitude est prise, il suffit de construire la fiche la plus détaillée (ceinture blanche) et d’enlever petit à petit du contenu pour obtenir les autres ceintures.

Toutes ces pratiques impliquent de mettre davantage l’élève en autonomie, en position de choisir aussi, et obligent bien entendu à un recentrage de la position de l’enseignant. Il n’est plus devant son tableau mais navigue de groupe en groupe.

Il existe bien d’autres outils de différenciation, dont la tâche complexe que j’ai déjà évoqué sur ce blog. Je n’ai pas la prétention de les lister tous, mais seulement de dégager quelques pistes.

1 thought on “Quelques pistes sur la différenciation

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