Utiliser l’écriture collaborative en classe 1

Il y a quelques semaines, j’avais présenté une séance d’histoire 5ème au cours de laquelle un récit était rédigé grâce à l’application en ligne Etherpad. Le propos est aujourd’hui d’exposer rapidement le cadre dans lequel peut se tenir une telle séance.

A quel moment utiliser l’écriture collaborative ?

L’écriture collaborative peut intervenir dès qu’il y a production d’écrit :

  • bien entendu au cours d’une rédaction en français ;
  • au moment de la rédaction d’un récit en histoire, ou plus simplement si l’enseignant souhaite faire rédiger par les élèves une partie de son cours ;
  • lors d’une recherche ou d’un travail en groupe. Il peut se révéler pratique pour les élèves d’ouvrir un Pad sur lequel sera centralisé tout le contenu écrit. Cela permet à ceux-ci d’avoir un lieu commun, de pouvoir consulter les productions des autres membres de leur groupe, de les compléter, d’échanger dessus et même d’évaluer l’avancement de leur travail. Dans ce cas, le Pad n’est pas forcément un lieu de production, mais plutôt un espace de collecte. Il n’est donc pas nécessaire de s’assurer que chaque élève ait un poste à sa disposition, un ou deux postes par groupe suffisent amplement. Le Pad est alors complété au fil de l’avancement du travail et repris d’un cours sur l’autre jusqu’à achèvement du travail. Pour cette utilisation, d’autres outils dérivés, comme par exemple Padlet (https://fr.padlet.com/) peuvent alors avantageusement remplacer le Pad classique. Cet outil sera présenté dans la dernière partie de l’article.

Cette dernière utilisation n’apparaît pas forcément comme très évidente du départ et il est vrai que je ne l’avais moi-même pas envisagée. Ce sont mes élèves qui, après avoir rédigé plusieurs récits de façon collaborative, m’ont demandé au cours d’un travail de recherche l’autorisation d’ouvrir un Pad pour collecter leurs informations. Certains ont même rapidement étendu son utilisation à d’autres matières.

Avant d’employer le Pad comme espace de travail commun au cours d’une recherche, il est donc préférable que les élèves aient déjà une première expérience du Pad. Il est en effet nécessaire qu’ils aient bien compris son fonctionnement, sa logique et donc son intérêt.

Tout travail entamé sur Pad peut bien entendu être entamé en cours et poursuivi à la maison ou lors des heures de permanence sur le collège. Il est inutile de demander aux élèves de rédiger la totalité de leur production. La condition est seulement de s’assurer qu’ils aient bien accès à l’outil informatique.

Quels sont les écueils à éviter ?

Toute séance faisant intervenir l’informatique et un environnement ou une application que l’on utilise pour la première fois en cours comporte un facteur risque important. Quelques petites précautions s’imposent donc pour l’enseignant qui souhaite utiliser ce type de dispositif pour des exercices de rédaction :

  • Pour la rédaction finale, les groupes de travail doivent être composés de deux ou trois élèves, pas plus. Plus ils sont nombreux sur le Pad, plus le travail risque d’être délicat, anarchique voire conflictuel.
  • Avant même de s’asseoir derrière l’écran de l’ordinateur, les groupes doivent s’être entendus sur le contenu, l’organisation de leur travail et sur la répartition des tâches. La connexion au Pad n’intervient qu’après un travail préparatoire au cours duquel les élèves sont partis à la recherche des données et ont commencé à les ordonner dans un ensemble cohérent. L’activité ne peut se résumer au Pad, qui ne fait qu’intervenir en bout de chaîne, dans le cadre d’une production finale. Dans l’idéal, chaque élève se voit attribué une partie de la production. Il doit alors :

◦   Rédiger sa partie ;
◦   Une fois sa partie rédigée, corriger et compléter celles de ses camarades.

  • Pour une première utilisation, l’idéal est d’utiliser un vidéoprojecteur pour montrer l’utilisation du Pad. Il est important à ce moment de montrer que chaque utilisateur est identifié par une couleur spécifique qui permettra à l’enseignant d’identifier son travail.
  • Les élèves peuvent créer eux-même leur Pad, mais il est plus prudent de leur en attribuer l’adresse. Il faut à ce moment être extrêmement vigilant quant à la casse, qui est prise en compte pour l’adressage. Cela évite les problèmes d’oubli d’adresse, qui rendent le contenu du travail inaccessible.
  • Une fois les élèves connectés, il est indispensable de passer derrière chacun des postes pour vérifier que chacun est connecté au bon Pad, et donc bien dans le bon groupe de travail virtuel.
  • Afin que la séance soit la plus productive possible, il paraît enfin important de travailler dans un temps imparti. En principe, la rédaction d’un récit en collaboration pour des élèves d’un niveau moyen n’excède que rarement 20 à 30 minutes. Mais cela dépend bien entendu de ce qui est demandé. Pour la rédaction du contenu d’un exposé ou d’une recherche, cela peut se révéler plus long.
  • Au besoin, si certains groupes sont en retard, il ne faut pas hésiter à leur offrir la possibilité de terminer leur rédaction pour la prochaine séance. Ils peuvent pour cela se connecter au Pad lors de leurs heures de permanence ou de chez eux. La longueur de leur travail peut être liée à l’apprentissage de l’utilisation d’un nouvel outil, qui ne se fait pas au même rythme pour tout le monde. Il convient donc de ne pas sanctionner les élèves qui ont des difficultés à « se mettre en route ».

Comment récupérer les travaux ?

            Pour la récupération des productions, différentes stratégies sont possibles. Si les élèves utilisent un Pad pour la première, le plus simple est peut être pour l’enseignant d’exporter à la main chacun des contenus une fois la production terminée et d’imprimer le résultat. Pour les classes plus aguerries, les élèves peuvent exporter ou copier/coller le contenu de leur Pad sur un traitement de texte, en imprimer un exemplaire et en faire parvenir un autre par voie électronique au professeur. L’avantage de cette solution est qu’elle permet aux élèves, en passant par le traitement de texte, d’ajouter des images et de peaufiner la présentation de leur production qui autrement s’avère très rudimentaire.

C’est l’occasion de leur faire utiliser leur messagerie électronique à des fins pédagogiques, ou de mettre en œuvre certains des outils que proposent les ENT. Ex. : module de dépôt de travail proposé par Moodle. Si vous souhaitez utiliser des espaces de dépôt mais ne disposez pas d’ENT, il est possible d’utiliser les applications en ligne Dropbox (https://www.dropbox.com/) et Balloon (https://balloon.io/). Une fois votre espace de stockage en ligne sur Dropbox créé, Balloon permet de créer des zones de dépôt protégées ou non par un mot de passe. Il suffit alors de donner l’URL crée aux élèves pour que ceux-ci déposent leur travail dans votre Dropbox (espace de dépôt).

Quels sont les outils disponibles ?

            Le type de Pad à utiliser dépend de votre situation. Il n’est pas nécessaire de se préoccuper des questions de débit de données, les Pads utilisant au final peu de bande passante.

Si vous disposez d’un ENT de type Envole avec un Etherpad implémenté, vous vous trouvez dans la meilleure des situations. Les Pads sont sécurisés, facilement accessibles et vous pouvez suivre le travail de chaque élève en l’identifiant clairement. C’est la solution qui a été utilisée dans la séance présentée l’année dernière, je vous renvoie donc à celle-ci pour son utilisation.

Si vous ne disposez pas d’ENT, vous pouvez utilisez les versions d’Etherpad proposées en  accès libre par la communauté Mozilla (https://etherpad.mozilla.org/) ou par le CRDP de l’académie de Versailles (http://etherpad.crdp.ac-versailles.fr/). Leur fonctionnement est en tous points identiques, puisqu’il s’agit d’Etherpad installé de façon native. Vous pouvez choisir d’ouvrir des Pads publics pour vos élèves, et donc de les créer un à un en relevant soigneusement l’adresse.   Choisissez alors un adressage logique, de façon à retrouver les Pads facilement, mais suffisamment compliqué. Les Pads étant publics, il faut éviter qu’un internaute tombe dessus par hasard. Ex. d’adressage : https://etherpad.mozilla.org/clg-juniville5BG1, puis 5BG etc. Vous pouvez aussi créer un compte qui vous permettra ensuite de générer les Pads de façon plus rapide et moins anarchique. La procédure est expliquée dans la vidéo ci-dessous. Cette méthode est préférable car elle permet de sécuriser ceux-ci par un mot de passe, de générer un adressage plus logique et de les administrer de façon centralisée.

Tutoriel vidéo sur la gestion d’un Etherpad privé

            Dernière solution possible, le Pad proposé par l’association Framasoft que nous avions présenté l’année dernière. Reportez-vous à l’article précédent pour plus d’informations.

Un outil original pour aller plus loin : Padlet

J’ai évoqué en début d’article la possibilité d’utiliser les Pads pour une recherche en groupe, afin de faciliter la collecte des données et le suivi du travail. Chaque élève voit ainsi de façon visible l’avancement du travail et de sa participation. Si nécessaire, il peut approfondir ou compléter ce qui est proposé par ses camarades. La solution est intéressante et a même été proposée puis adoptée avec joie par certains de mes collégiens. Ils ont pu dès lors scinder leur groupe de travail entre la salle de cours, le CDI voire même la salle informatique. Le Pad permet de rester en contact, que ce soit au travers du texte évolutif ou du module de chat.

L’outil présente des avantages certains. Il est réactif, souple d’utilisation, permet à la fois de produire et de se concerter. Son principal inconvénient est cependant qu’il est limité au texte, hyperliens compris. Il ne permet pas de partager des documents textes, des images, des vidéos ou des fichiers audios.

Padlet (https://fr.padlet.com/) représente une alternative intéressante. Comme son nom l’indique, sa logique est dérivée du Pad. Il est conçu comme un mur blanc, en ligne, sur lequel les utilisateurs peuvent entrer du texte et déposer tous types de contenus (vidéo, audio, fichier de traitement de texte, liens…). Il permet de concentrer dans un même espace l’ensemble des documents trouvés par les membres d’un groupe, de les agencer, les commenter voire même de faire évoluer l’ensemble vers une production finale qui peut ensuite être exportée. Les élèves peuvent créer leur Padlet librement, à condition de bien en relever l’adresse. L’enseignant peut aussi se créer un compte, générer lui-même les Padlets et les sécuriser grâce à un mot de passe ou faire en sorte qu’ils ne fassent l’objet d’un référencement. Vous trouverez une présentation complète de l’outil sur le site https://fr.padlet.com/features .

L’application peut même être utilisée pour mettre en ligne des contenus en ligne à destination des élèves. Padlet a alors une fonction comparable à des outils en ligne comme Pearltress (http://www.pearltrees.com/), Blendspace (https://www.blendspace.com/), voir même Sway (https://sway.com/), le nouvel outil de Microsoft.

Si vous souhaitez davantage d’informations sur Padlet, vous pouvez consulter :

 

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