HDA 3ème : la Chanson de Craonne

Seconde oeuvre de notre parcours d’histoire des arts cette année, La Chanson de Craonne est une chanson dont les paroles ont été forgées entre 1915 et 1917, en pleine phase de « guerre de tranchées ». C’est un appel à la mutinerie mais aussi un poignant témoignage sur le moral des soldats et leurs préoccupations.

Le podcast

Les paroles

Voici les paroles tel qu’elles ont été fixées par Paul Vaillant-Couturier. Ce sont celles de la version finale, que tout le monde connaît.

Quand au bout d’huit jours, le repos terminé,
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c’est bien fini, on en a assez,
Personn’ ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civelots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s’en va là haut en baissant la tête…

Refrain :
Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés,
C’est nous les sacrifiés !

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu’un qui s’avance,
C’est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe,
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes… (au refrain)

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c’est pas la mêm’ chose.
Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués,
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien,
Nous autr’s, les pauvr’s purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là. (au refrain)

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront, 
Car c’est pour eux qu’on crève. 
Mais c’est fini, car les troufions 
Vont tous se mettre en grève. 
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros, 
De monter sur l’plateau, 
Car si vous voulez faire la guerre, 
Payez-la de votre peau !

Et enfin si vous voulez réécouter la chanson, la voici  avec à l’appui quelques images du Chemin des Dames.



Élargir l’analyse à d’autres œuvres

La Chanson de Craonne est un appel à la désertion. Le Déserteur, de Boris Vian, a lui aussi été à son époque un appel à la désobéissance et à remettre en cause le commandement.

Boris Vian fait partie des écrivains français de génie, mais c’est aussi un chanteur, un parolier et un trompettiste de jazz. En 1954, la IVème République est empêtrée dans la question de la décolonisation. Le nouveau Président de la République, René Coty, doit faire face à la guerre d’Indochine déclenchée en 1946 et bientôt à celle d’Algérie. Boris Vian enregistre cette chanson antimilitariste le 7 mai 1954, jour de la défaite de l’armée française lors de la bataille de Dien Bien Phu.

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